La force d'un sourire

C'est l'aube. Mes pieds crissent au-dessus du givre déposé sur le trottoir durant la nuit. L'écho de mes pas s'efface sous le vrombissement des voitures qui déferlent tour à tour et qui s'essoufflent sur la route filandreuse. Mes joues rougies par l'air frais, je serre mon écharpe et m'emmitoufle dedans tout en ajustant mon bonnet qui, fatigué, me tombe sur les yeux et brouille mon regard. Mon sac me scie les épaules, mes chaussures encore trop dures frottent la peau de mes talons et je suis en retard. Passant devant une institution qui accompagne les personnes en situation d'handicap, je croise un garçon atteint de trisomie vingt-et-un. Porté par l'enivrement de son ingénuité, il m'adresse alors un sourire candide et sincère. Mon visage s'illumine et mes yeux rient à leur tour. Ce moment furtif et allègre m'égaie et bien qu'il ne me voit plus, je lui sourie encore. A lui, aux étoiles et aux montagnes.
Toute la journée, je croise ces mêmes visages ternes et moroses. Harassés, exténués, irrités, ces mêmes gens se plaignent, jugent et critiquent. Alors que leur flamme ne produit qu'une faible lueur, je veux les embraser avec l'éclat de mon feu.
Je n'ai plus envie d'avoir peur des autres. Alors je rie,  j'offre des câlins sans raison et les personnes qui m'entourent brûlent elles-aussi, d'ivresse.
Aujourd'hui, quelqu'un m'a offert la force d'un sourire qui, tel un filament d'eau creusant la roche décennies après décennies, a gravé dans le cœur de certaines personnes un peu de bonheur.
Je crois que la vie est belle


Commentaires

Articles les plus consultés