Le bonheur d'être riche

Un jour, un homme m'a dit de ne laisser personne dicter ma vie.
 
Un van s'enfuyait à travers les routes sinueuses. Un soleil couché depuis longtemps nous laissait encore tout étourdis par sa chaleur étouffante de la journée. Des gamins, à l'arrière du minibus qui, d'habitude si bruyants, appuyaient leur tête contre des épaules, contre les vitres, s'embrumaient et rêvassaient. Accueillis dans les bras de Morphée, il ne restait plus que deux êtres, côte à côte, qui se balançaient au rythme d'une pop effrénée.
 
Alors, il a commencé à philosopher.
Il m'a parlé. De lui, de moi, des autres, du monde et de la vie.
Tel le mugissement des vagues s'écrasant contre des rochers, ses mots se répercutaient dans mon esprit et l'enflammaient.
 
Toute ma vie, j'ai été éduquée avec l'optique d'avoir, à tout prix, un travail.
Un travail qui rapporte de l'argent, un travail qui confère une situation stable avec un mari et des enfants, un travail qui permet d'avoir une belle maison et de partir en vacances. Pourquoi?
 
Parce que cela rend heureux, parce que c'est l'image de la famille parfaite, parce qu'ainsi on est valorisé socialement.
 
 
 
Mais si c'était faux?
Peut-être que le bonheur ne vient pas de là.

Et si je ne veux pas faire carrière mais découvrir le monde, vivre à l'essentiel, et retourner aux sources? Aspirer à plus grand qu'un beau travail, qu'un beau mari, que des beaux enfants et qu'une belle maison.
 
Alors que ma maman veut que je fasse des études et me trouve un homme, je veux simplement être heureuse et vivre sans regrets. A croire que l'on ne peut trouver le bonheur qu'une fois qu'on a un job et non avant. Foutaises.
 

A 50 ans, lorsque mes yeux se retourneront, ils ne verront pas une vie terne, morose et morne, mais une vie rayonnante où j'aurais essayé, échoué, et triomphé.
 
Je trace mon chemin à travers les broussailles plutôt que de rejoindre la route goudronnée sur laquelle les autres m'invitent dans leur 4x4 qui intoxique l'air et les hommes.
 
Paul, lorsque tu avais éteint la clé du contact, j'étais retournée au campement, vacillante, à la lueur de la lune et des étoiles. Sous la tente, j'ai médité tes paroles toute la nuit et ce depuis tous les jours. Merci.

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